Le Méreau, la Monnaie Locale Complémentaire du Montargois

Le Méreau, la Monnaie Locale Complémentaire du Montargois

Monnaies locales et transition énergétique

Des monnaies locales pour la transition énergétique : utopie ou avancée ?

Instabilité chronique et grandissante de notre système monétaire

L’économie capitaliste et mondialisée a depuis longtemps fait la preuve de son instabilité chronique. Au fil du temps, l’amplitude des crises augmente. Les efforts et mesures d’urgence à produire pour juguler ces crises coûtent de plus en plus cher. Les conséquences économiques et sociales sont désatreuses.

« Il y a eu 96 crises bancaires et 176 crises monétaires au cours des 25 dernières années. Elles n’étaient pas toutes dues au problème des subprimes. L’accident se répète périodiquement mais nous continuons de traiter chaque nouvelle crise comme s’il s’agissait de la première. Et à chaque fois, l’addition [...] est plus salée. Pour la seule crise des subprimes, Bloomberg évalue l’impact financier du sauvetage des banques américaines à 7,7 trillions de dollars, soit 50 % du PNB américain ! Pour remettre tout cela en perspective, on peut rappeler que le plus gros coût de toute l’histoire des États-Unis a été le financement de leur participation à la Seconde Guerre mondiale, soit 288 milliards de dollars de l’époque. En tenant compte de l’inflation, cela donnerait aujourd’hui 3,6 trillions. En ajoutant à cette somme, le coût de l’achat de la Louisiane, le New Deal, le Plan Marshall, le budget de la Nasa pour l’expédition de l’homme dans la lune, la crise des Savings and Loan entre 1986 et 1996, la guerre de Corée et celle du Vietnam, on obtiendrait un total actualisé de 6,95 trillions de dollars. On serait encore en dessous de ce qui a été dépensé en quelques mois pour tenter de colmater les effets de la crise actuelle... » (Bernard Lietaer, « Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale », séminaire de l'Ecole de Paris, mai 2009)

A tous les niveaux de gouvernance, et particulièrement au niveau local, les budgets se contractent. Les « marges de manœuvre » se resserrent. Les autorités locales se concentrent sur ce sui est considéré comme des urgences prioritaires. L’horizon se referme, la richesse disponible dans nos territoires peine à circuler, les capacités d’action de chacun sont bridées… faute de liquidités !

Alors, quelles solutions face à la crise des finances publiques, de la dette, du crédit ? Comment financer l’un de nos plus grands défis, celui de la transition énergétique ? Comment faire de cette nécessaire et inexorable transition un moteur de l’économie locale et de création d’emplois ? Quels nouveaux circuits financiers pour une nouvelle économie ?

Un système monétaire qui joue contre la résilience des territoires ?

Nos monnaies nationales, qui font si cruellement défaut aujourd’hui dans les caisses des communes et des régions européennes ont permis l’émergence de la civilisation occidentale. Leur propriété naturelle de condensation ou « effet Pareto  » a permis de grandes concentrations de capital et donc de grandes réalisations (de l’IRM aux satellites, en passant par nos écoles publiques, nos autoroutes et nos armées). Cette concentration qu’aucun système de redistribution n’a réussi à rééquilibrer au profit d’une meilleure répartition des ressources entre tous a pour effet de démonétariser des zones entières et ce mouvement est d’autant plus violent que les crises économiques sont sévères. Mais ces « déséquilibres produits par le marché ne sont pas un motif suffisant pour diaboliser le mécanisme en tant que tel. Car, en définitive, aucun autre système dans l’histoire de l’humanité n’a fait preuve d’une telle capacité pour créer de la richesse ». (Bernard Lietaer, Margrit Kennedy, in « Monnaies régionales, Editions Charles Léopold Mayer)

La monnaie est un système d’information qui permet de mettre en rapport des ressources disponibles et des besoins non satisfaits. De ce point de vue, elle devrait être en quantité suffisante pour permettre de maximiser les flux et afin que les organisations, les collectivités, les communes, régions où les richesses sont échangées puissent s’épanouir. Mais dans nos territoires, beaucoup de ressources ne circulent pas (force de travail et qualification des personnes sans emploi, créativité, outils de production sous utilisés, intelligence humaine, ressources naturelles locales renouvelables, etc.) faute d’être reliées par la monnaie aux besoins des personnes et des organisations. Il manque à nos territoires un système d’information propre à son propre métabolisme favorisant la circulation et la production de richesses locales. L’idée n’est pas de réfléchir à des systèmes monétaires de substitution qui viendraient remplacer le système actuel. L’idée est de reconnaître que dans certains cadres, la monnaie nationale est inefficace et peut mettre en péril la résilience des territoires.

A l’échelle régionale, les institutions ont besoin d’un outil complémentaire leur permettant de garantir la vitalité économique et la cohésion territoriale. « Grâce à l’introduction de monnaies régionales, les régions seraient en mesure de résoudre de nombreux problèmes, sans peser sur le contribuable local ou sur les budgets nationaux. En fait, un système monétaire n’est autre qu’un système d’information spécialisé au niveau où il opère ; il s’avère que c’est aussi le système d’information le plus important dans une économie de marché. Une telle stratégie aurait également comme avantage une grande flexibilité, ainsi que d’encourager des expérimentations et innovations qui, presque par définition, peuvent être plus diversifiées au niveau des régions qu’au niveau national ou supranational ». (Bernard Lietaer, Margrit Kennedy, in « Monnaies régionales, Editions Charles Léopold Mayer)

Rappelons ce qu’est une monnaie locale. Une monnaie locale est une monnaie non soutenue par un gouvernement national et destinée à n'être échangée que dans une zone restreinte. Elle peut prendre de nombreuses formes, aussi bien matérielles que virtuelles : elle peut être dédiée à une filière ou une activité donnée, être convertible ou non dans la monnaie nationale. L’objectif d’une monnaie locale est de renforcer l’économie du territoire en protégeant celui-ci du syndrome du pot percé, où la richesse qui est produite dans la communauté est aspirée vers l'économie globale. Cette monnaie permet de dynamiser la consommation, la production et la consommation locales. Outre le système de règle sur lequel elle est conçue et mise en circulation, le succès d'une telle monnaie repose sur une communauté d'usagers suffisamment vaste, rassemblant des acteurs suffisamment nombreux et complémentaires afin que l’offre des uns rencontre la demande des autres. Il est donc essentiel d'ouvrir la communauté d'échange au-delà d'un cercle étroit de militants et de créer une convergence d'intérêts entre entreprises, associations, collectivités locales et consommateurs- citoyens évoluant sur le territoire.

Actuellement, plusieurs milliers de communes dans le monde (entre 5 000 et 10 000) ont créé ou accompagné la création d'une monnaie locale à vocation économique et sociale. Si certaines de ces monnaies ont un effet positif du point de vue de la durabilité des territoires (une monnaie locale favorise les circuits courts et concoure à rendre plus éco-compatible le métabolisme territorial), aucune monnaie n’a encore été spécifiquement conçue pour la sphère énergétique (production de renouvelables, collecte et distribution, efficacité énergétique, lutte contre la précarité). Un certain nombre de ces monnaies existent depuis des décennies et contribue notablement à l’activité économique. C’est le cas du WIR suisse, créé il y a plus de 70 ans et qui compte environ 75.000 membres utilisateurs (des PME helvétiques). Les échanges en WIR représentent plus de 2 milliards d'euros par an. Certains experts comme Bernard Lietaer attribuent à cette monnaie un rôle majeur dans la stabilité de l’économie suisse. Bientôt des milliers de monnaies adaptées à la complexité de nos écosystèmes ?


Un système complexe constitué de nombreux réseaux interdépendants n’est viable qu’à condition qu’il y ait ni trop peu, ni trop de diversité et d’interconnectivité. Un système avec trop peu de diversité sera peut-être très efficace, mais il devient aussi de plus en plus fragile (une forêt exploitée pour ne produire qu'un seul type de grands arbres est capable de fournir une grande quantité de bois mais peut dépérir rapidement sous l'effet d'un seul parasite). En revanche, si l’on va trop loin dans la diversité, le système stagne par manque d’efficacité et de directivité (une pelouse sèche s'adapte gràce à la biodiversité qu'elle abrite mais elle est peu productive). La durabilité d’un système complexe dépend de l'équilibre qu'il pourra trouver entre efficience et résilience. [1]

La résilience d’un territoire dépend de la capacité de ceux qui y vivent de décider de son avenir. Dans le champ de l'énergie cela s'appelle la décentralisation des systèmes énergétiques (voir en particulier Energie et Territoires : Vers un concept « Energie 2.0 » avec les collectivités locales[2], par Gérard Magnin, Délégué Général d’Energy Cities, dans Responsabilité et Environnement, série trimestrielle des Annales des Mines, Numéro 61, p.134 à 139, janvier 2011). Les monnaies locales participeront de ce même mouvement global en favorisant la décentralisation des systèmes monétaires. Pour Jean François Noubel, « l'argent est sur le point de suivre la même évolution que celle qu'ont connu les media durant ces deux dernières décennies. Bientôt, des millions de monnaies libres circuleront à travers nos réseaux informatiques et téléphoniques. Elles ne seront pas contrôlées par des états ou des banques centrales, mais émises par les millions de "places de marché" impatientes de se libérer de l'argent conventionnel, fondé en grande partie (entre 85% et 98%) sur la dette et l'usure. Toutes émettront et utiliseront ces monnaies libres... tout simplement parce que la plupart des individus et des organisations vivent une pénurie monétaire ! »

Si cette rupture socio-économique et culturelle majeure se produit, elle sera probablement très rapide : le bouleversement se produira avant qu’on n’en saisisse les conséquences. Mais ce moment n’est pas encore arrivé et dans les systèmes de pensée actuels, ces perspectives restent floues et peu appropriables par les décideurs contemporains (en particulier par ceux qui dirigent des organisations que cette possible révolution mettra en danger…), et ce malgré de nombreux signaux faibles.

Pour aller plus loin

 

Source: http://www.energy-cities.eu/wiki



27/05/2014

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